28/04/12

Brasseries V. 20-21h

- Celui-là il ment. Il lui ment, rien de grave, mais il est tellement sûr qu'il vaut mieux lui mentir un peu, c'est comme une sorte de mastic pour les petites fêlures de son égo.

- La fille, là, son visage est incroyablement étrange, de grandes dents toujours à découvert, elles prennent trop de place dans sa bouche. Alors elle montre beaucoup de son corps, parfait, très bien, le type avec une cravate jaune accroche, de loin il plonge dans ses seins.

-La serveuse, d'un autre temps, dans un autre temps, deux roses rouges dans ses cheveux parfaitement attachés, elle va et vient derrière le bar, on dirait (   ). De temps en temps.

- Il y a trop de bruit pour la petite fille. Son père a l'air perdu, elle geint un peu, mais lui va juste chercher un journal, il veut une bière, elle veut un ailleurs autrement. Lis-lui le journal alors, je ne sais pas, raconte une histoire, dessinez des moustaches sur les visages des publicités. Je plie un papier en forme d'oiseau, je le laisse en vue en partant, en espérant qu'elle le repère.

10/04/12

' ' '

ni sens
ni saveur

° ° °

j'écris, l'écran est fendu
les six longues saillies qui le parcourent
sont bordées d'un aggloméra noir tentaculaire
qui cache une grande partie des mots
mais on peut écrire partout, dessiner sur n'importe quoi
un blog sélect, un autre chiadé,
on n'est pas obligé de vomir dans de la porcelaine
n'est-ce pas
n'est-ce pas
ça sert à quoi de venir me dire que je vais manquer
ah oui, à me faire sentir ce truc, là, qui commence dans la gorge et fini dans le ventre
qui presse, qui compresse, jusqu'à la crampe, jusqu'au sang
la douleur, oui c'est ça, merci
merci les gens
pour toutes ces informations utiles, ouf.

j'aimerais bien, à ce stade, raconter un rêve
plein de symboles très psychanalytiques
plein de pulsions très symptomatiques
quelque chose de très sélect, n'est-ce pas
mais
malheureusement
je ne rêve pas

je ne rêve pas
mais je me branle
ça oui
trois ou quatre fois par nuit sans rêve
chaque fois après j'ai quelque chose comme trente ou quarante minutes
pendant lesquelles il y a une possibilité de m'endormir
une mince possibilité
un fil fragile
pour quelques minutes
souvent il casse
et il me reste cette envie compulsive
de m'arracher les membres
alors je me branle encore
pour un peu de répit

c'est vraiment le lieu de ce que je n'ai rien à dire
l'aspirateur marche mal
je veux m'enfuir dedans
avec la poussière 

cette immense tristesse, pâle,
comme une mer d'urine et de lait
je ne vois rien d'autre
sens rien d'autre
goûte rien d'autre
vois rien d'autre
je l'ai déjà dit
dis rien d'autre
rien d'autre
rien


 

07/04/12

* * *

la nausée
est décidément une des constantes majeures de mon existence
avec la migraine
l'amour
l'agoraphobie
le besoin compulsif de créer
là, j ai la nausée
de trop retenir, trop endiguer

la plainte
la journée passe, et tous les quarts d'heure je ne sais pas retenir un son
aigu
une sorte de pleur aigu
de plainte aigüe
sort de moi
où que je sois
elle sort
mes yeux rougissent, ma voix s'échappe, j'ai beau chercher

le goût 
je ne vois plus bien comment garder la saveur
parce que c'est pas comme pour la bouffe
le goût
on le trouve pas dans un bocal étanche
merde

l'esprit
quelle équation absurde
séparons-nous car il y a trop d amour
puis endiguons
puis la nausée
puis la plainte
puis la disparition de la saveur des choses
et la probabilité que dans ces cendres
tout disparaisse

l'amour
mais au bout d'un très très long temps
comme un diamant dans une gangue de charbon
qui se doutera encore
quand nous nous reverrons dans quelques années
toi le ventre rond
moi les cheveux rares
tu croiras que ma distance est bienveillante
que je ne brûle plus

la peau
mais je brûlerai
encore
et chaque parcelle de ta peau
chaque tache chaque ride chaque grain chaque poil chaque commissure
me feront encore
brûler
vif...

la mort
...ou mort.